Quand les semis de printemps peinent encore au potager, la bourrache a déjà déroulé ses feuilles velues. Puis viennent les fleurs, d’un bleu presque électrique, portées par des tiges couvertes de poils, avec ce cône noir au centre de l’étoile qu’aucune autre plante de jardin ne copie vraiment. Les bourdons s’y jettent. Et elle revient toute seule l’année suivante, parfois un peu trop.
Borago officinalis est une annuelle de la famille des Boraginacées, originaire du pourtour méditerranéen. Elle monte à 40 ou 70 centimètres, un mètre dans une terre riche. On la sème au potager pour les pollinisateurs, on mange ses fleurs, et on trouve son huile en pharmacie et au rayon cosmétique. Cette dernière histoire est plus nuancée que ne le laissent entendre beaucoup de sites.
L’article suit cet ordre : la culture d’abord, parce qu’une bourrache bien installée fait presque tout le travail seule, puis les usages, avec les précautions qui manquent dans la plupart des guides.
Cultiver la bourrache au jardin
Choisir l’emplacement
Plein soleil ou mi-ombre légère, dans un sol ordinaire à riche et bien drainé. Elle tolère presque tout, sauf les terres détrempées où le pied pourrit. Une fois installée, elle supporte la sécheresse grâce à une racine pivotante qui descend profond. Cette racine a une conséquence pratique : la bourrache n’aime pas qu’on la déplace.
Semer la bourrache
Le semis se fait en place, directement dans le sol, d’avril à juin, une fois les dernières gelées passées. La graine est grosse, brun foncé, et s’enfouit à un ou deux centimètres. Elle lève en une à deux semaines dans une terre réchauffée. Éclaircissez ensuite à 30 ou 40 centimètres : les plants prennent de la place plus vite qu’on ne le croit.
Pour avoir des fleurs de juin jusqu’aux gelées, on ressème toutes les trois ou quatre semaines. En région douce, un semis de septembre donne des plants qui fleurissent tôt au printemps suivant. Le repiquage reste possible tant que le plant est minuscule. Passé trois ou quatre feuilles, la racine casse et la plante boude.
Lorsque la météo est favorable, je commence mes semis dès début avril généralement.
L’entretien, presque inexistant
Un arrosage à la levée, puis seulement par temps très sec. Pas d’engrais : en sol riche, elle fait surtout des feuilles au détriment des fleurs. Les tiges creuses, lourdes de fleurs, se couchent facilement, donc un tuteur ou un voisin solide dans les endroits venteux n’est pas un luxe.
Les limaces adorent les jeunes plants et peuvent en venir à bout dans les premières semaines. L’oïdium s’invite parfois en fin d’été. Pour prolonger la floraison, coupez les tiges défleuries, en sachant que vous renoncez alors aux graines de ces pieds-là.
Une plante qui se ressème
Laissez quelques pieds monter en graines et vous aurez de la bourrache chaque année, à des endroits que vous n’aviez pas prévus. Si cela gêne, arrachez les jeunes plants au printemps. On les reconnaît sans peine à leurs deux premières feuilles ovales, déjà velues. Passée la saison, les graines tombées au sol suffisent à assurer la suite.
Au potager : ce qu’on sait et ce qu’on raconte
Ce qui est solide, d’abord : la bourrache attire massivement les abeilles, les bourdons et les syrphes. Quand les premières fleurs mellifères du printemps, comme le lamier pourpre, ont fini leur temps, elle prend le relais jusqu’aux gelées. Au pied des courgettes, des fraisiers, des tomates ou des arbres fruitiers, elle fait venir les pollinisateurs là où on en a besoin. Les larves de syrphes, elles, mangent des pucerons.
Ce qui relève plutôt de la tradition : qu’elle éloigne certains parasites, comme le sphinx de la tomate ou les piérides du chou, ou qu’elle améliore le goût des fraises. Ce sont des affirmations anciennes de jardiniers, jamais vraiment démontrées. On peut s’en servir comme prétexte pour la planter, pas comme argument.
Dernier usage, plus discret : les feuilles coupées font un paillis qui se décompose vite, et on les dit riches en potasse, ce qui en fait une bonne matière pour le compost.
Utiliser la bourrache
Ce qu’il faut savoir avant de la consommer
La bourrache contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des substances qui peuvent abîmer le foie quand elles s’accumulent. Les teneurs varient selon la partie de la plante et le moment de la récolte, mais elles ne sont jamais nulles. Les agences sanitaires européennes recommandent de limiter la consommation des plantes qui en contiennent.
En pratique : des fleurs ou quelques feuilles de temps en temps, oui. Une tisane tous les jours pendant des semaines, non. La bourrache est à éviter pendant la grossesse et l’allaitement, chez les jeunes enfants, et en cas de maladie du foie. En cas de doute, demandez à un pharmacien ou à un médecin.
En cuisine
Les fleurs ont un goût doux, avec une note de concombre et la saveur sucrée du nectar. On les mange crues, et elles sont superbes dans une salade, sur un fromage frais, dans un glaçon ou au fond d’un verre. Cueillez-les tout juste ouvertes, le matin, car elles se fanent vite. Le calice est velu et désagréable en bouche : on détache la corolle bleue et on laisse le reste.
Pour les cristalliser, on passe chaque fleur au blanc d’œuf à l’aide d’un pinceau, on la saupoudre de sucre fin, puis on la laisse sécher à l’air, plusieurs heures, à l’abri de l’humidité.
Les feuilles, elles, ne se mangent que jeunes, car leur pelage devient vite insupportable. Hachées très fin, elles sentent le concombre. En Ligurie, la bourrache entre dans la farce de certains raviolis, et dans la cuisine allemande elle compte parmi les sept herbes de la sauce verte de Francfort. On reste dans ces proportions de condiment, pas de légume du quotidien.
En infusion
Traditionnellement, on buvait la bourrache en infusion pour la toux et la gorge irritée, ou comme sudorifique et diurétique. Une cuillère à café de fleurs séchées, dix minutes dans l’eau chaude. Aucun de ces usages ne repose sur des essais solides, et compte tenu des alcaloïdes, c’est une tisane d’occasion, pas une cure.
Les promesses de détox, de perte de poids ou de gestion du stress qu’on lit ici et là n’ont aucun fondement sérieux.
L’huile de bourrache
Pressée à froid à partir des graines, c’est l’une des huiles végétales les plus riches en acide gamma-linolénique (AGL), un oméga-6, à hauteur de 20 à 25 % environ. On la trouve en capsules et en flacons, surtout pour la peau sèche.
Les résultats cliniques sont plus modestes que sa réputation. Sur l’eczéma, les revues d’études n’ont pas montré de bénéfice net par voie orale. En application sur la peau, elle hydrate comme une bonne huile végétale, ce qui n’est déjà pas rien.
Si vous en achetez, cherchez la mention « sans alcaloïdes pyrrolizidiniques », qui indique une huile contrôlée sur ce point. La presser soi-même ne s’improvise pas : les graines sont petites, le rendement est ridicule sans presse adaptée, et on ne peut pas contrôler la teneur en alcaloïdes.
Récolter et conserver
Les fleurs se cueillent fraîches et s’utilisent le jour même, ou se gardent quelques heures au frais. Séchées, elles brunissent et perdent l’essentiel de leur intérêt à table. Les feuilles se consomment fraîches ou se font sécher à l’ombre pour une infusion occasionnelle. Pour les graines, laissez les capsules sécher sur pied, récoltez-les quand elles sont noires et conservez-les au sec.
Questions fréquentes
La bourrache est-elle comestible ?
Oui, les fleurs et les jeunes feuilles, en petite quantité et de façon occasionnelle, à cause des alcaloïdes pyrrolizidiniques. À éviter pendant la grossesse et l’allaitement.
Quand semer la bourrache ?
D’avril à juin, directement en place, après les dernières gelées. En région douce, un semis de septembre est possible pour une floraison précoce.
La bourrache revient-elle chaque année ?
C’est une annuelle, mais elle se ressème très facilement. Si vous laissez monter quelques pieds en graines, elle reviendra d’elle-même.
La bourrache attire-t-elle les abeilles ?
Oui, c’est l’une des meilleures plantes mellifères du jardin. Elle attire aussi les bourdons et les syrphes, et fleurit longtemps, de juin aux gelées.
L’huile de bourrache est-elle sans danger ?
Elle l’est surtout si elle est certifiée sans alcaloïdes pyrrolizidiniques. Demandez conseil à un pharmacien ou un médecin avant une cure, par exemple en cas de grossesse ou de traitement en cours.
