Une haie se plante pour des raisons très différentes : se cacher des voisins, délimiter un terrain, abriter les oiseaux, garnir une clôture. Le bon choix dépend de ce que vous voulez en faire, de la place dont vous disposez et du temps que vous voulez lui consacrer. Beaucoup de déceptions viennent d’une essence plantée pour sa vitesse de pousse, qui finit à six mètres de haut et demande deux tailles par an. Voici comment choisir, quoi planter selon l’exposition, la vitesse, la hauteur et l’entretien, et quelques règles de plantation et de distance.
Définir ce que l’on attend de sa haie
Posez-vous quatre questions avant d’acheter. Voulez-vous un écran opaque toute l’année, ce qui oriente vers des persistants ? Un décor fleuri ou coloré, ce qui conduit à des arbustes caducs ? Une haie pour la faune, plutôt mélangée et souple ? Ou une limite basse et nette, en bordure d’allée ? La hauteur adulte de l’essence compte autant que sa vitesse de pousse : un conifère qui grimpe d’un mètre par an finit tôt ou tard au-dessus de ce que vous pouvez tailler.
Regarder son sol et son exposition
Observez la lumière : plein soleil (six heures et plus), mi-ombre ou ombre. Regardez aussi le sol. Un test simple consiste à remplir un bocal avec de la terre et de l’eau, à le secouer et à le laisser reposer : les couches de sable, de limon et d’argile se séparent et montrent la dominante du sol. Un pH mesuré avec un kit de jardinerie dit si la terre est acide ou calcaire, ce qui compte pour les rhododendrons ou les hortensias, qui supportent mal le calcaire.
En plein soleil, photinia, laurier-cerise, cyprès de Leyland, lavande, buis et charme se plaisent. À la mi-ombre, le fusain du Japon, le cornouiller, l’hortensia et le rhododendron s’en accommodent. À l’ombre, le houx, le mahonia, le sureau noir et le noisetier acceptent les expositions faibles.
Les haies à croissance rapide
Elles séduisent pour cacher vite, avec des chiffres de pousse qui varient fortement selon le sol, l’arrosage et le climat. Le cyprès de Leyland peut gagner jusqu’à un mètre par an, le thuya jusqu’à 60 cm, le photinia 40 à 60 cm, le laurier-cerise autant, et le bambou non traçant (Fargesia) jusqu’à un mètre. Ces records ont un prix : une hauteur finale importante, jusqu’à 15 ou 20 mètres pour un Leyland non taillé, et des tailles régulières. Un bambou traçant, lui, se répand par rhizomes et devient vite envahissant : choisissez un bambou cespiteux, comme les Fargesia, ou posez une barrière anti-rhizomes. Les conifères repartent mal du bois nu : taillez-les dès les premières années et ne coupez jamais dans la partie sans feuillage. Pour les photinias, voyez l’article sur la plantation et l’entretien de la haie de photinias, et pour le laurier, celui sur sa taille. Attention : toutes les parties du laurier-cerise sont toxiques si elles sont mangées.
Les petites haies et bordures
Pour délimiter une allée ou un massif sans cacher la vue, des essences basses font l’affaire. Le buis en haie formelle est le grand classique, avec 25 à 30 cm entre les plants, mais il est très touché par la pyrale du buis, un papillon dont les chenilles dévorent le feuillage, et par une maladie fongique : il demande une surveillance, et d’autres essences en alternative, comme le houx crénelé (Ilex crenata), qui leur ressemble, ou l’épine-vinette (voir cet article). La lavande angustifolia, plantée tous les 30 à 40 cm, fait une bordure parfumée qui attire les pollinisateurs, mais elle demande un sol léger et un soleil franc.
Les haies champêtres et pour la biodiversité
Une haie mélangée est plus résistante aux maladies qu’une haie d’une seule espèce : si l’une souffre, les autres compensent. Les arbustes locaux comme l’aubépine, le prunellier, le noisetier, le cornouiller sanguin, le troène des bois ou le charme nourrissent et abritent oiseaux et insectes. Cet article détaille comment planter une haie de biodiversité, et celui-ci sur le noisetier montre un arbuste utile à la faune comme au jardinier. Pour une haie de charme taillée, voyez le guide des charmilles.
Existe-t-il une haie sans entretien
Non, et les articles qui l’annoncent promettent trop. Une haie demande toujours de l’arrosage les deux premières années, un paillage, et au moins une taille par an. Les haies libres, peu taillées, comme les hortensias paniculés, le millepertuis, le weigela ou le forsythia, demandent beaucoup moins de travail qu’une haie taillée au cordeau. Il suffit alors d’une taille légère après la floraison pour garder une forme correcte. Laurier-tin, photinia ou troène persistant restent des choix peu exigeants, à condition de les adapter à la place disponible.
Planter
La meilleure période pour planter est l’automne, de novembre à mars hors gel, quand le sol est humide et pas encore gelé : les racines s’installent avant l’été. Creusez une tranchée plus large que la motte, ameublissez le fond, mélangez la terre avec du compost mûr, plantez à la bonne profondeur, tassez et arrosez abondamment.
Pour l’espacement, les sources donnent 50 cm à 1 m selon l’espèce, ce qui est trop serré pour certaines. Comptez 25 à 40 cm pour les plantes basses, 50 cm à 1 m pour les arbustes moyens, et 1 à 1,5 m pour les grands sujets comme le laurier-cerise ou le Leyland. Plantez en quinconce, sur deux rangs décalés, si vous voulez une haie plus dense, comme décrit dans cet article. Paillez le pied sur 5 à 8 cm pour garder l’humidité et limiter les mauvaises herbes, et arrosez deux à trois fois par semaine en été la première année.
Respecter les distances légales
Le Code civil impose, pour les plantations dépassant deux mètres de hauteur, de les planter à deux mètres au moins de la limite de propriété. En dessous de deux mètres de hauteur, la distance minimale est de 50 cm. Des règles locales ou des usages peuvent s’y ajouter, en lotissement ou en zone protégée par exemple : renseignez-vous auprès de votre mairie avant de planter, et gardez un accord écrit avec le voisin en cas de doute.
Tailler
Taillez une à deux fois par an : en fin de printemps ou début d’été, puis éventuellement en fin d’été. Évitez de tailler entre avril et juillet si des oiseaux nichent, car la taille de nidification est déconseillée et parfois interdite par des règles locales. Pour choisir l’outil, cet article explique comment choisir un taille-haie.
L’erreur que j’ai aussi commise comme beaucoup d’autres, c’est de se précipiter sur une variété ou un arbuste en particulier sans avoir réfléchi à l’ensemble. Il n’est pas simple de changer toute une haie une fois qu’elle s’est bien établie. Prenez le temps de vous poser des questions avant de vous lancer.
