La mue des poules, c’est le renouvellement complet du plumage. Elle a lieu une fois par an, le plus souvent à l’automne. Vos poules perdent leurs vieilles plumes et en fabriquent des neuves. Pendant ce temps, la ponte ralentit ou s’arrête net. C’est normal. Ça ne veut dire ni qu’elles sont malades, ni qu’elles sont « finies ».
Une poule en mue a quand même besoin qu’on la regarde d’un peu plus près. La première année, j’ai commis l’erreur d’être peu attentif à la mue de mes pondeuses. C’est pourtant une période importante à surveiller, comme j’ai pu le constater sur leur productivité.
La mue des poules suit le rythme des saisons
Le signal de départ, c’est la lumière. Quand les jours raccourcissent, en fin d’été puis à l’automne, l’organisme de la poule change de priorité. Il met la ponte en veille et se consacre aux plumes.
Ce changement a une raison simple. Une plume ne se répare pas. Elle s’use au fil des mois avec les bains de poussière, le soleil, les frottements contre le perchoir et les assauts du coq. À la fin de la belle saison, le plumage est terne, cassé, parfois troué. Un manteau neuf avant l’hiver protège bien mieux du froid et de la pluie.
La première vraie mue arrive vers un an et demi
Les poussins changent de plumage plusieurs fois en grandissant. Ce sont des mues de croissance, discrètes. La première mue adulte arrive en général au deuxième automne de la poule. Une poulette née au printemps passe donc souvent son premier hiver sans muer franchement, et elle peut même continuer à pondre pendant que ses aînées se déplument autour d’elle.
Ne vous étonnez pas de ce décalage dans votre groupe. Si vous démarrez tout juste, notre guide des poules pondeuses débutant reprend le cycle de vie d’une pondeuse année après année.
Une mue peut arriver hors saison
Parfois, une poule mue au printemps ou en plein été. Le coupable est souvent un stress fort. Un déménagement, un coup de chaleur, une journée sans eau, une nuit de panique à cause d’un prédateur peuvent déclencher une mue partielle. Une couvaison longue aussi. Dans ces cas-là, la perte de plumes est souvent moins complète qu’à l’automne.
Reconnaître une poule en mue
Le premier indice est rarement sur la poule. Il est par terre. Un matin, le parc ressemble à un oreiller éventré. Ensuite, vous verrez les signes suivants.
- Des plumes qui tombent d’abord autour de la tête et du cou, puis sur le dos, la poitrine, les ailes et enfin la queue.
- De petits picots qui sortent de la peau, les plumes en fourreau, un peu bleutés ou grisâtres.
- Une crête qui pâlit et rétrécit.
- Une ponte qui baisse puis s’arrête.
- Une poule plus calme, qui se tient un peu à l’écart et n’aime pas du tout qu’on la touche.
Certaines muent vite, d’autres prennent leur temps
Il n’y a pas deux poules qui muent pareil. Certaines lâchent quelques plumes à la fois pendant des semaines, et on remarque à peine qu’elles changent de tenue. D’autres ressemblent à un poulet prêt à rôtir en quelques jours, puis se rhabillent assez vite. Les deux sont normaux.
Côté durée, comptez plusieurs semaines. Pour certaines poules, il se passe plus de deux mois entre les premières plumes tombées et le retour des œufs. La race, l’âge et l’état de forme de départ font varier tout ça.
Ce qui ne ressemble pas à une mue
Une mue touche tout le corps de façon assez régulière, et vous voyez des plumes neuves pousser au fur et à mesure. Si la perte de plumes se concentre sur une zone, si la peau est rouge, croûteuse ou irritée, si les poules se grattent sans arrêt, cherchez ailleurs. Poux, poux rouges, picage entre poules ou coq trop insistant sur le dos des femelles sont des causes fréquentes.
Pour faire le tri, nous avons détaillé les cas dans l’article sur la poule qui perd ses plumes. Et si le problème apparaît en pleine saison froide, jetez un œil à celui sur la perte de plumes en hiver.
Pourquoi la ponte s’arrête pendant la mue
Une plume est faite presque entièrement de protéines. Un œuf aussi en demande beaucoup. Refaire tout un plumage, c’est un chantier énorme pour le corps d’une poule. Il ne peut pas mener les deux de front, alors il choisit les plumes.
Ajoutez à ça des journées de plus en plus courtes, qui freinent la ponte de toute façon, et vous comprenez pourquoi le pondoir reste vide. Si vous n’êtes pas sûr que la mue soit en cause, l’article sur la poule qui ne pond plus passe en revue les autres pistes.
Certains éleveurs allument une lampe dans le poulailler pour relancer la ponte plus tôt. Je vous le déconseille. La mue est une pause dont la poule a besoin pour refaire ses réserves. La pousser à pondre pendant qu’elle reconstruit son plumage, c’est lui demander deux efforts à la fois. Laissez-la souffler. Les œufs reviendront.
Bien nourrir vos poules pendant la mue
C’est là que tout se joue. Une poule bien nourrie mue plus sereinement et repart plus vite. Une poule qui manque de protéines traîne, refait des plumes de moins bonne qualité et met plus longtemps à reprendre la ponte.
La base reste un aliment complet pour pondeuses, de bonne qualité. Certains éleveurs passent temporairement à un aliment un peu plus riche en protéines pendant la mue, ce qui se fait couramment. Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de remplir le jabot avec des choses qui calent sans nourrir. Le pain, le maïs à volonté, les restes de pâtes donnent une impression de festin mais apportent peu de quoi fabriquer des plumes. Pendant la mue, levez le pied sur ces extras.
Pour aller plus loin sur ce que mangent vos poules au fil de l’année, notre article sur l’alimentation des poules pondeuses détaille les besoins saison par saison.
Les petits extras qui aident
Vous pouvez compléter la ration avec quelques aliments riches en protéines, sans en faire des tonnes.
- Des vers de farine ou d’autres insectes séchés, en petite poignée.
- Des graines de tournesol.
- Un peu d’œuf dur écrasé, avec la coquille broyée.
- Les vers de terre et bestioles qu’elles trouvent elles-mêmes, si vous leur laissez un coin de terre fraîchement retournée ou un tas de feuilles à gratter.
Le coquillage broyé peut rester à disposition, même si les besoins en calcium baissent quand la ponte s’arrête. Et de l’eau propre en permanence, bien sûr. Ça paraît évident, mais une poule en mue boit et il ne faut pas qu’elle manque.
Protéger vos poules pendant la mue
Une poule en mue est fragile, un peu à vif, et souvent de mauvaise humeur. Quelques gestes simples lui facilitent la vie.
Évitez de les manipuler
Les plumes neuves qui poussent sont irriguées par le sang. Elles sont sensibles, et si l’une d’elles se casse, elle peut saigner. Prendre une poule dans les bras à ce moment-là lui fait mal, tout simplement. Contentez-vous de l’observer. Si vous devez vraiment l’attraper pour un soin, faites-le doucement en la tenant par le corps, sans serrer les ailes.
Pas de chamboulement dans le poulailler
Ce n’est pas le moment d’agrandir le groupe. Accueillir de nouvelles venues provoque des bagarres pour la hiérarchie, et une poule en pleine mue n’a pas besoin de ça. Attendez que tout le monde soit rhabillé. Le jour venu, notre guide pour accueillir de nouvelles poules vous aidera à faire les présentations.
Même chose pour les travaux, les déplacements de poulailler ou les changements d’habitudes. Moins il se passe de choses, mieux elles se portent.
Surveillez le picage
Les plumes neuves en fourreau, avec leur pointe un peu rouge, attirent le bec des copines. Une poule qui se fait picorer peut finir par saigner, et le rouge excite les autres. Si vous voyez une blessure, isolez la poule le temps que ça cicatrise, à portée de vue des autres si possible pour faciliter son retour.
Un abri sec et sans courant d’air
Une poule qui mue tard, en plein mois de novembre, se retrouve parfois à moitié nue au moment des premiers froids. Le poulailler doit être sec, avec une litière propre. Gardez une aération en hauteur pour évacuer l’humidité, mais évitez les courants d’air au niveau du perchoir. Le froid sec, les poules le supportent. Le froid humide avec un filet d’air sur le dos, beaucoup moins.
La fin de la mue et le retour des œufs
Vous saurez que c’est fini en regardant vos poules. Le plumage redevient brillant et serré. La crête reprend sa couleur rouge vif et se redresse. La poule retrouve son caractère, recommence à gratter partout et à se chamailler pour le meilleur coin.
La ponte ne repart pas forcément tout de suite après. Si la mue s’est terminée en plein hiver, les jours courts peuvent retarder la reprise jusqu’aux premiers rallongements de lumière, en fin d’hiver ou au printemps. Pas d’inquiétude.
Avec l’âge, chaque mue a tendance à durer un peu plus longtemps, et la ponte qui suit est souvent un peu moins abondante que l’année d’avant. C’est vrai pour toutes les poules, et on le remarque surtout chez les hybrides très productives comme la poule rousse, qui donnent beaucoup les premières années.
Ce qu’il faut retenir pour la saison prochaine
Notez chaque année quand vos poules commencent à muer et quand elles reprennent la ponte. D’une saison à l’autre, vous verrez se dessiner le rythme de votre propre groupe, et vous saurez à quel moment renforcer les protéines avant même que les premières plumes tombent.
