Le terreau de feuilles mortes se fait avec des feuilles, de l’eau et du temps. Rien d’autre. On entasse les feuilles dans un coin humide, on les oublie, et au bout d’un à deux ans on récupère une matière sombre et friable qui sent le sous-bois. C’est lent, mais c’est sans doute l’amendement le plus facile à produire au jardin.
Contrairement au compost, qui fonctionne surtout grâce aux bactéries et chauffe, le terreau de feuilles se forme à froid. Ce sont surtout des champignons qui décomposent les feuilles. D’où la lenteur. D’où aussi ce résultat très différent d’un compost classique.
Pourquoi faire du terreau de feuilles mortes
Ce terreau n’est pas un engrais. Il contient peu d’éléments nutritifs, et il vaut mieux le savoir avant de compter dessus pour nourrir vos tomates. Sa force est ailleurs. Il donne au sol une structure souple, il retient très bien l’eau et il allège les terres lourdes.
Pour les semis et les plantes de sous-bois, on ne fait pas beaucoup mieux. Les fougères, les hostas et toutes les vivaces d’un jardin d’ombre bien pensé retrouvent là leur milieu naturel.
Et puis il y a l’argument le plus simple. Les feuilles tombent de toute façon. Les brûler ou les porter en déchetterie, c’est jeter une ressource gratuite.
Choisir les bonnes feuilles
Toutes les feuilles se décomposent, mais pas à la même vitesse. Les feuilles fines et tendres partent vite. Celles d’érable, de tilleul, de bouleau, de charme ou d’arbres fruitiers donnent un terreau en un an environ.
Le chêne, le hêtre et le châtaignier demandent plus de patience. Leurs feuilles sont riches en tanins et plus coriaces. Le platane est encore plus lent. Vous pouvez les utiliser, à condition de les broyer et d’accepter d’attendre deux ans, parfois davantage.
Quelques feuilles sont à laisser de côté ou à mettre en petite quantité :
- les feuillages persistants comme le laurier, le houx ou le lierre, qui mettent des années à se décomposer ;
- les feuilles de noyer, qu’on préfère souvent limiter à cause des substances qu’elles contiennent ;
- les aiguilles de conifères, à réserver aux plantes de terre acide ;
- les feuilles nettement malades, si vous avez un doute.
La méthode pas à pas
Le bon moment, c’est l’automne, quand les feuilles tombent en masse. Si vous préparez déjà votre potager au mois d’octobre, profitez-en pour lancer votre tas en même temps.
- Ramassez les feuilles, de préférence quand elles sont encore un peu humides.
- Broyez-les. Le plus simple consiste à passer la tondeuse dessus avec le bac. Les morceaux se décomposent beaucoup plus vite que les feuilles entières.
- Choisissez un contenant. Un enclos en grillage d’environ un mètre de côté suffit, posé à l’ombre, à même le sol.
- Remplissez en tassant légèrement et arrosez si les feuilles sont sèches. Elles doivent être humides comme une éponge essorée.
- Laissez faire. Pas besoin de retourner le tas. Vérifiez seulement l’humidité de temps en temps, en été surtout.
La variante en sacs
Pas de place pour un enclos ? Remplissez de grands sacs poubelle avec des feuilles humides, percez-les de quelques trous et fermez-les. Rangez-les derrière la cabane. Ça marche très bien, et c’est souvent plus rapide qu’un tas à l’air libre, parce que l’humidité reste constante.
Peut-on accélérer
Oui, en mélangeant un peu de tonte de gazon aux feuilles broyées. L’azote de l’herbe relance les bactéries. Mais attention, plus vous en ajoutez, plus vous vous rapprochez d’un compost classique. Si c’est la vitesse qui compte, la méthode du compost rapide en 30 jours sera plus adaptée. Le vrai terreau de feuilles, lui, demande de la patience. C’est le prix.
Combien de temps attendre
Comptez un an pour des feuilles tendres et broyées. Deux ans pour un mélange classique. Davantage pour du chêne ou du platane entiers.
Au bout d’un an, vous obtenez généralement un produit à moitié décomposé. On distingue encore des morceaux de feuilles, des nervures. Il n’est pas assez fin pour les semis, mais il fait un excellent paillis au pied des haies, des arbustes ou entre les rangs du potager.
Le terreau est mûr quand il est brun foncé, qu’il s’émiette entre les doigts et qu’on ne reconnaît presque plus les feuilles. Il sent la forêt après la pluie. S’il sent l’aigre ou le pourri, c’est qu’il manque d’air : aérez-le un peu et attendez.
Comment utiliser votre terreau de feuilles
Le terreau bien mûr peut se tamiser pour les semis. Mélangé à du sable et à un peu de compost, il donne un substrat léger, qui ne croûte pas en surface. Les jeunes plants y développent de belles racines.
En rempotage, il remplace une partie du terreau du commerce. Pour des fraises cultivées en pot, ajoutez-le à un mélange plus riche, puisqu’il nourrit peu à lui seul.
Au jardin, épandez-le en surface sur quelques centimètres, sans l’enfouir profondément. Les vers de terre feront le travail. Il trouve facilement sa place dans des carrés potagers à préparer pour la saison, en complément du compost. Et il colle parfaitement à l’esprit d’un jardin en permaculture pour débutants, où rien de ce que produit le jardin ne part à la poubelle.
Le terreau à moitié fait reste utile. Vous pouvez en pailler les massifs dès le printemps qui suit et laisser le reste du tas mûrir une année de plus. Et pendant ce temps, l’automne suivant, un nouvel enclos se remplit à côté.
